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Lettre à

Mercredi 23 avril 2008
Hommage à l'Ile de La Réunion



Blues de La Réunion


Tu n'es pas ma ville,
Et je ne suis pas ta fille
Tu n'es pas ma terre, et pourtant...

Rate des villes je suis
Toi, monts et mer fleuris

Un air d'écume de Maloya
Le seul blues que j'aie jamais aimé
Quel oiseau m'a menée à toi un été devenu hiver
En l'espace de quelques heures

Un air d'écume de Maloya
Je pleure les heures et les milles

La tonne d'eau de tes vagues blanches
Pesantes comme un sein généreux
Menace mes nuits, mes rimes et mon sourire
Mon souvenir empli d'une larme

Ile lumière j'ai aimé
Tes fleurs et un de tes fils

Le feu froid de ta terre noire
Solide comme un monde
Nourrit mes pas, mes voeux, et mes envies
Le vide de ma ville grise

Ile chanson j'ai aimé
Tes fruits et une de tes mères

Un air d'ecume de Maloya
Seul blues que j'aie jamais aimé
Quel cyclone a manqué sa promesse
En laissant l'oiseau-fer m'emmener aussi loin

Ce soir je pleure ce que je t'ai laissé
Mon amour, de l'amour

Un bijou de quartz rose
Est resté dans le sable noir



Par En Corps et en Mots
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Mercredi 3 octobre 2007
Lettre à un fumeur de vie que j'ai cru aimer un instant


'la vie est courte' disent-ils
mon amour
mon a-mour ?
 
pleure donc !
ou crie !
 
la vie que tu fumes sans moi.
les remords que tu avaleras
ou vomiras
seront tiens
 

M’aime !
M’aime !
M’aime !
 
Accoupler ?
 
une telle œuvre jamais
n’accomplirons
l’un l’autre
qu’épousés nous aurions
semée
cultivée
aimée
 
nos airs en contact
n’ont pas germé ils se cherchent
ils se fuient
cette buée entre nous
invisible amour
est chassée par le souffle-peur
peur-fierté
fierté-ignorance qui y fleurit
quand nous fumons la vie
au lieu de la humer

son amertume assassine
enferme nos sourires
 

derrière    la     distance    qui    te   sépare

Par En Corps et en Mots
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Mercredi 19 septembre 2007
Lettre à un homme qui est un arbre noble


Cher homme à mon coeur

mon coeur

de petite fille
te remercie pour ta bienveillance de vieux tamarin
j'ai mis de l'amour dans mes doigts
et ils ont caressé tes genoux
tes genoux à la peau aussi fine et douce que celle d'un vieillard


mon coeur
de petite fille
te remercie pour ce que mon corps de femme n'a osé attendre de toi


j'ai talqué ton genou de douceur
pour en dégager l'amertume
et pour nourrir le bout de mes doigts de ta surface inexistante


puis tu as marché sur un autre chemin et j'ai regardé en rêvant
sans vraiment souhaiter te rejoindre

inexistante et inutile enveloppe
d'un homme arbre
à la force si profonde que les yeux le disent
et le crient même quand ils parlent de blessures

sous la secheresse de tes cils courts
des yeux aussi alertes que des jambes de fillette
qui savent le danger du jour et d'être en vie
racontent le combat
entre l'immobilité attentive du sage et la folie juvénile
du saint
tes yeux baissés qui voient tout....

homme chair
cher tamarin
mon âme te remercie pour la justesse de ta main à chaque pas

devenue toute petite de délice
devant la sûreté de ton pied
mon coeur d'enfant s'est gorgé d'admiration
mes yeux et toute ma peau se sont repus de ta présence
d'homme essentiel.

j'espère que ta voix et ton souffle respireront longtemps dans mon souvenir
souvenir de tes épaules minces, ton cou lesté, tes yeux solides
les plus intérieurs, bavards et urgents des yeux d'hommes



Par En Corps et en Mots
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